Une parenthèse au bout du monde...
- il y a 1 jour
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Nous avons poussé plus loin l’exploration de l’archipel.
Plus brute, plus marine, plus isolée. Et si photogénique.
C’est un microscopique village de cabanes rouges en pleine mer qui nous attend, posé sur les rochers et dominé par son phare rayé de noir et blanc, à la vue et à l’ambiance époustouflantes.
Un souvenir magique pour les Suédois, inconnu au bataillon des touristes étrangers, voilà la pépite autour de laquelle s’est construit tout notre voyage en Suède.
Nous avons quitté Sophie et ses filles qui rentraient sur Stockholm, et Mikael est venu nous chercher sur son ponton pour nous emmener en quarante cinq minutes environ à Dalarö, un port de transit.
C’est encore une journée de grand soleil qui s’annonce, quelle chance!
Quel privilège de sillonner les eaux entre les îles, de pouvoir apercevoir de près les maisons toutes plus jolies les unes que les autres, assises au bord de l’eau avec leur ponton, leur petite échelle, la promesse de vacances en famille et de savoir qu’on vient de vivre cet aspect de la vie suédoise estivale…
Mikael nous explique qu’on voit souvent des lions de mer par ici, mais rien en vue pour le moment!
Il nous dépose sur le quai de Dalarö où nous attendons le ferry suivant pour l’archipel d’Huvudskär, à une heure au sud dans la mer Baltique.
Huvudskär (prononcez « Ouvoudka ») est une pépite, un secret seulement connu des Suédois, un bout du monde à l’ambiance unique, une lumière prometteuse : un de mes nombreux rêves, découvert il y a quelques années suite à mes multiples lectures sur la toile. Je n’ai découvert son existence que dans un seul article, et réussir à y louer une chambre relève d’un sacré parcours du combattant!
Il a fallu d’abord comprendre que c’est désormais la Fondation de l’Archipel qui gère les rares logements disponibles à la location sur l’île principale, Ålandsskär.
Huvudskär est un archipel d’environ deux-cents îles, îlets, rochers et écueils au sud dans la mer Baltique, et seule son île principale accueille des habitants en saison, propriétaires privilégiés d’une petite cabane de bois, marins qui profitent de sa baie calme, ou locataires qui, comme nous, rêvent pour quelques heures de découvrir la magie des lieux.
L’accès sur Huvudskär n’est pas aisé, desservie uniquement le jeudi et le dimanche par un tout petit ferry. Parmi les quelques logements proposés en location, certains ne sont louables qu’à la semaine, d’autres peuvent être réservés pour trois jours en été, du jeudi au dimanche.
J’avais lu que les conditions correspondaient avec celles d’un véritable bout du monde : pas d’eau courante, une quantité d’eau potable limitée dans un puit, pas d’électricité, toilette et vaisselle à l’eau de mer, évidemment de quoi titiller ma soif d’aventures !
Il a ensuite fallu entrer en contact avec les loueurs, contact pris dès l’automne pour comprendre comment gérer la réservation. J’y ai ainsi compris que les réservations ouvraient à une date précise en janvier : attention, ne pas louper l’ouverture, car en me connectant une demi-heure après le début de la session, j’ai pu louer le dernier logement disponible pour cinq, ouf !
Il y a bien sûr très peu de possibilités: vivre quelques jours sur Ålandsskär c’est la promesse d’une expérience très confidentielle, à des tarifs malgré tout raisonnables compte-tenu de l’exclusivité proposée. (comptez une centaine d’euros par nuit pour cinq personnes, mais réservation obligatoire pour trois nuits minimum).
En revanche, j’ai appris seulement le matin du départ de Nämdö que le bateau du retour le dimanche ne venait nous chercher qu’en milieu d’après-midi, ce qui est incompatible avec notre connexion de ferry pour rejoindre Finnahmn, notre dernière étape dans l’archipel!
Commence alors une prise de tête pour trouver la meilleure solution, je discute avec le capitaine du bateau qui possède aussi des « taxi boats ». Il n’y a plus de disponibilité pour venir nous chercher le dimanche matin, je décide alors de raccourcir notre séjour d’une journée et de convenir d’un départ le samedi: la météo annoncée pour ce jour-là étant très pluvieuse, la décision est facile à prendre. Il me faut encore trouver de quoi nous loger pour la nuit sur Dalarö (plus aucune disponibilité sur Finnhamn), je prends la dernière option disponible sur Booking, à un tarif miraculeusement raisonnable! Voilà de quoi occuper mon trajet en bateau !
Au bout d’une heure de navigation, la voilà.
L’arrivée est à la hauteur des espérances : on se retrouve projeté dans une ambiance merveilleuse, où la lumière de la pleine mer et la solitude sautent tout de suite aux yeux.
Des cabanes rouges au bord de l’eau, posées sur ces langues de roche lisse léchées par la mer, ce ciel bleu, ce vent qui fouette les visages, et ces milliers de mouettes et de sternes qui nous survolent : oui, on est plongé au coeur de la Baltique !
On débarque les bagages et un gardien nous accueille pour nous montrer le logement, situé dans le plus grand bâtiment de l’île appelé Tulllhuset, « la Maison des Douaniers ».
Divisé en quatre sections, nous disposons d’une grande chambre avec des lits superposés, et nous partageons une cuisine avec la chambre opposée, les deux autre chambres étant elles-mêmes dotées de leur cuisine de partage, de l’autre côté.
Réfrigérateur et plaque de cuisson au gaz, une petite borne pour charger les téléphones portables uniquement (fonctionnant à l’électricité solaire)
Les quelques cabanes disponibles à la location sont toutes d’anciens logements des habitants du début du siècle, qui vivaient ici pour des fonctions précises : nous occupons la chambre de l’ancien facteur, nos voisins sont dans celle du gardien du télégraphe.
On nous montre le puit pour puiser l’eau potable (pompez ! pompez!), le seau sur le quai pour puiser l’eau de mer qui sert à la vaisselle ou à la toilette (nous avions déjà remarqué que l’eau de la mer Baltique est très peu salée !), l’ingénieux système pour se laver les mains, avec un petit seau en métal fixé par la anse à un clou sur un poteau de bois, percé à la base : avec une louche, on met de l’eau, et elle coule parcimonieusement pour créer un débit léger et suffisamment long sans gaspiller de grosses quantités d’eau.
Il y a aussi des toilettes sèches en extérieur, où chaque chambrée a sa clé pour sa propre cabanette, le grand luxe !!
Nous voilà installés, on se prépare un pique-nique avec une vue incroyable, dans la cacophonie des cris des oiseaux qui fusent en ballet au-dessus de nos têtes : repartir sans avoir reçu un étron sur la tête relèvera de l’exploit !!
Une maman mouette se promène autour de nous avec ses deux grands bébés, assez laids dans leur robe grise mouchetée, on dirait qu’ils ont la tête de « Gru », le grand méchant de « Moi, moche et méchant » (vous l’avez ??). On sent qu’elle vient prospecter pour la fin du repas, en quête de nourriture qu’elle pourra donner ensuite à becqueter à ses oisillons.
Sur les quarante huit heures de notre séjour, on s’amusera plusieurs fois à observer la vie quotidienne de cette faune omniprésente autour de nous, en leur attribuant des conversations rigolotes, leurs attitudes s’y prêtent tant!
La balade sur l’île nous confronte avec un environnement très sauvage, si préservé : un petit sentier à deviner dans la végétation, beaucoup de roche ronde et lisse, et partout autour, la mer et son horizon, le soleil chauffe bien, la chaleur accumulée depuis les roches monte au fur et à mesure que l’après-midi avance. On est bien couchés dessus !
En prenant notre temps, il nous faudra une heure et demie pour faire le tour de l’île et revenir au phare d’où nous étions partis.
Au retour, on découvre la liste où l’on peut s’inscrire pour réserver une barque, chose est faite pour le lendemain à l’heure du goûter.
La journée se termine et les lumières sublimes de la soirée enveloppent le paysage, quel plaisir pour les photos : chaque minute prend des tons différents, les rouges des cabanes s’enflamment, puis l’horizon se pare de teintes en bleu et rose, c’est exactement ces images que je suis venue chercher ici…
Et la nuit n’arrive jamais : on s’installe tardivement pour le repas du soir, vive le retour des nouilles chinoises !, dans un ciel de crépuscule infini…
Brossage de dents au grand air, les oiseaux piaillent moins forts, peut-être se disent-ils aussi qu’il est temps de se coucher !
Le lendemain, c’est encore un grand ciel bleu qui nous attend à l’ouverture des stores.
Mais cette fois, alors que je m’installe pour mon petit déjeuner au grand air et que le reste de la famille est encore en plein sommeil, j’assiste à un événement qui me fait dire que je vais devoir proposer mon aide.
Un petit groupe s’affaire autour d’une dame qui est assise sur des marches, elle semble s’être blessée, et on amène une trousse de secours.
Lorsque j’arrive, je comprends qu’elle s’est méchamment ouvert la jambe sur la roche, pourtant si lisse partout ! Elle a trébuché sur l’arête des marches du seul escalier en pierre de l’île, pas de chance. C’est profond, étendu, avec de la perte de substance, une suture complexe et minutieuse sur plusieurs plans est indispensable : les témoins ont appelé les secours et un hélicoptère arrivera dans une trentaine de minutes depuis Stockholm.
Avec une jeune femme déjà présente sur les lieux, qui semble être médecin également, nous confectionnons un pansement propre avec désinfection, strips, pansements compressifs et bandes bien appliquées pour contenir le saignement.
La petite dame, d’environ 75 ans, est adorable, la patiente idéale qui garde le sourire malgré la douleur ! Je m’assure qu’on lui a donné du paracétamol.
L’hélico ne tarde pas à arriver : pas de DZ ici, mais une zone de roches suffisamment large et presque plane à côté du phare, j’admire tout de même l ‘aterrisage du pilote car les premières cabanes sont toutes proches !
Le reste de la journée s’étire dans le calme, la brume envahit étrangement le paysage en début d’après-midi alors qu’on termine le déjeuner : on regarde à gauche l’île dans les nuages, à droite l’île dans le soleil ! Onirique…
Je prends un petit temps pour commencer une aquarelle, je veux garder une trace de cette vue si adorable…
Vers 16 heures nous voilà partis en barque : le maniement des pagaies n’est pas aisé, on rit bien, on finit par accoster en acrobates contre un gros rocher rond, spot parfait pour le goûter.
Le soleil est revenu, on profite de la mer partout autour de nous, quand on voit soudainement surgir un splendide trois mâts en bois immatriculé à Malte, tel un vaisseau fantôme surgi de nulle part !… On passe un certain temps à admirer ses manoeuvres, puis il est temps de rentrer.
La fin de la journée est marquée d’une ambiance très « polar suédois », dans ce ciel à nouveau gris où perce à peine le soleil, je ne résiste pas à une nouvelle série de photos de famille sur les rochers, à un dîner de nouilles chinoises toujours! et à un petit barbecue de poche pour faire griller quelques chamallows.
La soirée se termine sur une partie de fous-rires autour d’un jeu de société, et voilà l’heure de notre dernière nuit dans cette parenthèse hors du temps. Notre taxi boat arrive pile à l'heure le lendemain matin, et nous quittons dans une atmosphère pleine de mystère et de silence ce village posé sur la mer.
Une parenthèse au bout du monde…































































































































































































































































































































































































































































































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