Sur la Faja Do Belo, il y a...





Imaginez une île de 55 kilomètres de long pour 7 kilomètres de large, posée dans l’Atlantique.
Imaginez des nuages de brume qui enveloppent les sommets.
Imaginez des falaises abruptes qui plongent dans l’océan.
Imaginez des « fajas » tout autour, ces platiers volcaniques de terre fertile qui reposent au pied de ces falaises en s’avançant dans l’eau.
Imaginez quelques maisons de pierres volcaniques, posées sur l’une d’elle, la Faja Do Belo, cernée deux autres fajas si impressionnantes qu’elles semblent sorties d’un décor de film fantastique : la faja Dos Cubres et la faja do Santo Cristo sont des hameaux du bout du monde.
Imaginez un chemin de terre rouge qui mène en trente minutes de marches à ces petites maisons de pierre.
Nous y voilà.
Un lieu presque irréel tant il est beau, tant il heurte, tant il bouscule.
C’est d’abord cette arrivée dans une nature vierge, primitive, absolument sauvage, brute, presque intimidante : on se sent happé par cette beauté qui impressionne, on se sent si minuscule dans ces dimensions hors normes qui se dressent face à nous.
Et puis il y a ce sentier de pierres rouges, humide, au coeur d’une végétation luxuriante, qui mène à notre bout du monde. Pour le bonheur des mollets, en trente minutes de marche, il grimpe et plonge tel des montagnes russes en offrant au détour des virages des vues à couper le souffle.
L’arrivée et le départ se font en buggy motorisé pour le transport des bagages, accueillis par Luca et son papa, les propriétaires du Kuanza Nature Experience.
Tombés en amour pour le site qui était à l’abandon, ils ont depuis leur Angola natal (et oui, l’Angola est une ancienne colonie portugaise!) racheté les ruines les unes après les autres et réinventé la faja do Belo.
Ce chemin nous l’avons fait tous les jours, parfois plusieurs fois par jour, pour regagner le parking et aller explorer les environs : séjourner ici, c’est le gage d’un voyage fait de randonnées quotidiennes.
Il y a donc les « fajas », terme portugais qui désigne ces platiers volcaniques, créant ici un paysage inédit : c’est l’essence de Sao Jorge.
Il y a le ciel comme toit du monde, fait de nuages tantôt hauts tantôt bas, enveloppant souvent les sommets dans une brume mystérieuse.
Il y a le vent dans le visage, parfois tout doux et presque inexistant, parfois plus fort pour nous rappeler que la nature règne ici en maître, au milieu de l’Atlantique.
Il y a le bruit des galets qui roulent au gré des vagues contre la falaise.
Il y a l’odeur de menthe et de chèvrefeuille qui se dégage du Longose, cette superbe fleur jaune qui inonde les flancs des montagnes.
Il y a cette douce température, toujours stable autour des 20 degrés, qui nous enveloppe du matin au soir, dans l’humidité comme dans le beau ciel bleu.
Il y a un soleil qui se lève chaque matin à l’Est, face à nous, dans une lumière cinématographique, un spectacle qu’on ne manquerait pour rien au monde, nous avons vu les trois ! Il faut dire qu’avant le 25 octobre les levers apparaissent vers 8 heures, timing idéal pour ne pas sacrifier sa fin de nuit !
Il y a cette lumière dorée qui éclabousse les falaises et la pierre noire. Pendant quelques minutes le temps s’arrête dans une atmosphère magique, voire mystique: c’est un moment suspendu qui emplit d’énergie, de sérénité, de sagesse.
Pour nos deux premiers levers de soleil, une bande de nuages est posée sur l’océan à l’horizon, il a fallu patienter un peu avant de voir apparaître la lumière divine.
Pour le troisième, nous avions changé d’heure dans la nuit : le lever passe à 7h15. Nous avions pour projet d’aller y assister depuis le miradouro de Santo Cristo, mais quand Claire arrive à la fenêtre dans le noir avec sa lampe de téléphone, il pleut à verse !! Une bande de lumière semble apparaitre à l’horizon, mais on craint la boue et le brouillard: abandon à contrecoeur. Une heure plus tard la pluie s’est arrêtée, l’horizon devient clair et la bande de nuages s’élève plus haut dans le ciel : une dernière version encore épatante…
Il y a cette architecture en pierres volcaniques, ces petites maisons rustiques aux murs épais, faites pour contrer les tempêtes. Il y a ce site du Kuanza Nature Experience, si parfait pour se ressourcer, avec ces logements confortables, les piscines, le sauna, les bancs d'observation, comme la scène d'un gigantesque amphithéâtre de verdure.
Il y a cet apéritif pour notre arrivée, avec le fameux « queso de Sao Jorge », ce fromage fort en goût parfaitement accordé à une délicieuse confiture de tomates, accompagné d’un petit verre de vin rouge : juste parfait après la longue journée de transit !
Il y a le pain chaud livré tous les matins dans son pochon de tissu : le genre de petit détail qui change tout!
Il y a les surfeurs de la faja do Santo Cristo : moins d’une dizaine, en initiés ils connaissent ce lieu secret. Il faut un bon niveau ici, la roche volcanique ne pardonne pas, les rouleaux semblent parfaits, et on peut les regarder des heures.
Il y a le bonheur de s’asseoir sur les galets avec un thé, et de chercher comme un trésor le petit caillou volcanique parfait qu’on ramènera à la maison.
Il y a le sauna, plaisir suprême de la suée face à la mer, suivi du bain froid dans la piscine, un régal !
Il y a ce chat sauvage qui miaule sans fin à notre porte, il nous aurait fallu quelques jours de plus pour réussir à l’apprivoiser.
Il y a la magnifique randonnée depuis le Miradouro de Topo jusqu’à la faja de Santo Cristo au bord de l’eau (article à suivre pour les détails), une après-midi entière entre vues époustouflantes, chemins pentus et glissants, décors féériques et cascade finale.
Il y a ce sentiment de se sentir ici dix fois plus vivant que partout ailleurs.
Et il y a cette envie viscérale de revenir.
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