Bivouac en amoureux : en septembre, le Rieutort nous fait planer





Septembre est encore une saison idéale pour aller s'échapper dans les Pyrénées.
Les températures sont estivales, le ciel bleu est limpide, seules les nuits fraîches et les feuilles jaunies sont là pour nous rappeler que l'automne arrive doucement.
Je fais un gros déni de rentrée en cette année 2026, et je donne une formation à des confrères en Ariège en ce vendredi 11 septembre.
Alors quand Pierre me suggère dans la semaine, "chiche, je t'y rejoins après mes cours et on part en rando se faire un bivouac ??", je suis au septième ciel !
L'idée initiale, soufflée par mon collègue grand expert des bivouacs sur les sommets de l'Ariège, est de grimper jusqu'aux étangs d'Estanyols depuis la vallée du Rieutort au départ du barrage de Laparan dans la haute vallée de l'Aston. Puis le lendemain de poursuivre par la boucle des étangs de Joclar sur la face andorrane avant de revenir par les étangs de Fontargente que nous connaissons bien.
Bon, c'est l'idée initiale.
Mais Pierre a une belle crève depuis trois jours, nos sacs de rando sont incroyablement lourds (10 kilos pour moi, 20 kilos pour lui), et en partant à 16h30 et attaquant le sévère dénivelé de la première demi-heure, on se fait vite à l'idée qu'on n'ira pas au bout de l'idée initiale !
Mais qu'importe, la vallée du Rieutort nous a bluffés !
Il faut donc se garer au barrage de Laparan que l'on joint en une grosse trentaine de minutes depuis le village des Cabannes: ne pas se garer comme nous juste au mur du barrage si vous voulez économiser dix minutes de marche sur la route, mais un peu plus loin sur un petit parking le long de la falaise, au départ du GRT66.
Le début de la randonnée donne le ton, et avec nos charges sur le dos, on souffre assez vite dans ce sentier qui serpente dans les sapins. Le dénivelé est pentu, c'est dur ! Mais on finit par arriver dans la vallée du Rieutort, ce ruisseau qui dégringole dans une superbe jasse, et le bonheur des vues est déjà délicieux, on serait presque prêts à monter le campement ici !
On poursuit malgré tout, pour gagner "la cabane du vacher", qui offre un horizon splendide sur la vallée, dans ce vert clair sec de fin d'été.
Ici nous sommes donc au royaume des vaches, et c'est une cacophonie de tintements de cloches qui montent de tous les flancs alentours. Le dénivelé est moins raide mais on monte encore, on souffle, on sue, on pense arriver au col du Rieutort mais que nenni ! Le col est bien plus haut encore, et cette perspective nous suffit pour décider de poser le campement maintenant, à presque deux heures du départ. On découvre un étang sur la gauche, ce sera notre chambre avec vue pour la nuit !
Il faut chercher la zone idéale pour planter la tente, on trouve un premier site, puis en cherchant du bois, je découvre une trentaine de mètre plus loin dans un virage le spot idéal avec pelouse rase et plane, et beau foyer tout en pierres avec des restes de bois des campeurs précédents ! C'est la fête, on est aux anges !
Nous découvrons sur la carte que nous sommes au bord de l'étang de Rhule, ou de Ruille.
Seuls au monde.
On prépare nos sacs de couchage, on fait chauffer l'eau pour les nouilles chinoises, on profite de la lumière qui baisse et de ce fantastique reflet des sommets dans l'eau.
Avec le soleil qui disparait derrière la roche, la fraicheur monte vite, je suis heureuse d'avoir pris un bonnet et une bonne polaire.
C'est bon d'être à deux ici. On se retrouve. Avec cette sensation d'être des privilégiés dans cette nature ariégeoise qui ne nous déçoit jamais.
Dans l'obscurité on savoure le bouillon des pâtes, le thé, les cookies. Hypnotisés par les flammes, le son des cloches au loin s'est tu.
Au moment d'éteindre la lampe frontale, j'ai un petit stress en pensant aux enfants qui sont seuls à la maison: nous n'avons plus aucun réseau depuis le milieu de l'après-midi et nous ne le récupérerons que dans plus de 12 heures, la sensation d'être au bout du monde est totale!
La nuit est paisible mais j'ai froid...
Le réveil en revanche est magnifique: à l'ouverture de la tente le soleil vient tout juste de pointer ses rayons au-dessus de la montagne qui nous entoure.
On prend notre temps, le petit déjeuner est doux, et on hésite un peu entre redescendre tranquillement vers la voiture ou se challenger un peu et marcher pour gagner le refuge du Rhule et redescendre par l'autre versant. On aimerait bien se rendre compte du parcours pour revenir une prochaine fois s'attaquer franchement à la boucle des étangs de Joclar!
Nous voilà donc en quête d'un peu plus d'effort et on s'attaque au col du Rieutort face à nous. C'est dur, ça grimpe sec, mais on progresse bien, et on atteint le sommet en quarante cinq minutes de cardio qui tambourine à fond dans la poitrine, ça me rappelle nos efforts en Bolivie à 4500 mètres d'altitude, sauf qu'ici on est juste à 2250 mètres !
D'un côté la vue sur la vallée du Rieutort et notre étang chouchou, de l'autre la vallée qui descend vers le refuge du Rhule, et plus haut au loin les étangs d'Estanyols (on n'aurait jamais eu la force de les rejoindre la veille pour le bivouac!) et les étangs de Fontargente.
On se dit qu'on reviendra une prochaine fois, avec un équipement plus léger, et qu'on fera cette grande boucle en deux nuits pour prendre le temps, en dormant à nouveau à l'étang du Rhule le premier soir et en campant au étangs de Joclar en Andorre pour le deuxième soir.
On papote avec le gardien du refuge qu'on a finalement gagné en 1h15 après avoir replié notre campement, il nous conseille de revenir sur la vallée du Rieutort en juin lorsque la nature explose de fleurs !!
On pique-nique plus bas au milieu des moutons cette fois, tout en bas dans la vallée on aperçoit les chevaux de Mérens qui subliment eux aussi le paysage.
Arrivés au Pla de Las Peyres, il nous faut marcher encore trois kilomètres pour gagner le barrage et la voiture, on est heureux d'arriver !
Presque 16 kilomètres au compteur et environ 900 mètres de dénivelé, voilà une échappée qui a encore tenu ses promesses !
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