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Troisième et quatrième jours : le Radeau de la Méduse!

  • il y a 2 jours
  • 9 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 1 jour





On accorde à tous une grasse matinée en ce troisième jour d’expédition : après la journée d’hier, les troupes ont besoin de récupérer, et ce petit campement charmant de Munkebol appelle à en profiter davantage.

On prend le temps du petit déjeuner, on fait des oeufs brouillés, on fête même l’anniversaire de Pierre et Félix (qui avait lieu le jour de la construction le 6 juillet !) mais le joli ciel bleu du matin laisse place au vent et aux nuages, il est temps d’embarquer.



Il nous reste un challenge supplémentaire à réaliser avant de larguer les amarres  : Soso nous avait mis au défi (mais comme j’adore ça !! On ne s’est pas trouvées pour rien il y a 20 ans !!) de faire une photo façon challenge du Getty Museum pour grimer le Radeau de la Méduse de Géricault.

Hop, on analyse le tableau, on distribue les rôles, le ciel menaçant donne une ambiance parfaite, je lève le drone pour permettre un point de vue un peu plus en recul, les comédiens jouent le jeu et vont jusqu’à se déshabiller pour une réalité augmentée, et nous voilà à délirer pour plusieurs prises de vue. Le K-Way rouge de Basile joue les guenilles qui flottent au vent, Pierre et Souhayl font des gisants plus vrais que nature, Sophie, Félix, Jeanne, Marie et Zoé sont des survivants désespérés.



Fiers de notre réalisation, on embarque, mais voilà que les embûches commencent.

En faisant la vaisselle, on fait tomber à l’eau une assiette en métal. Elle nous nargue posée au fond sur le sable, dans ce mètre d’eau : Sophie n’écoute que son courage, enfile le maillot et les lunettes licornes de Zoé, et part récupérer le précieux objet! Les fous-rires reprennent de plus belle, on chante le générique de Fort Boyard pour l’encourager!



La vie à bord de notre esquif reprend, chacun s’occupe, les uns à faire des bras de fer (de vrais pirates, je vous dis!), les autres nettement plus 2026, à utiliser l’IA pour que notre photo du Radeau de la Méduse prenne la lumière dramatique du XIXe siècle. On s’amuse bien.



Mais on va s’en mordre les doigts: voilà qu’on repère (trop tard) une île à l’horizon, le vent est fort, le courant nous pousse à bonne allure, et avant qu’on ait pu faire quoi que ce soit, on se retrouve bloqués sur un banc de sable. On est convaincus, forts de notre expérience de la veille, que la force de l’équipe va permettre de soulever de nouveau Djobi-Djoba. Sans réfléchir, on se déshabille tous à nouveau et nous voilà à l’eau, en culotte pour le bas, en polaire et K Way pour le haut, à tenter un nouvel exploit. On fait des cercles, mais le centre reste désespérément ensablé. On tente de bouger les caisses pour faire varier l’influence du poids, on pousse comme des fous pendant près de 45 minutes, on s’épuise, on se décourage, l’agacement monte, je sens que l’abandon n’est pas loin.

Il est temps d’appeler le numéro d’urgence : j’explique la situation, mais je sens que ce n’est pas du tout l’esprit Viking de porter secours dès le premier appel.

On me conseille d’arrêter de pousser, de nous réchauffer, de manger, de reprendre des forces, et de retenter dans une heure. Imaginez le désespoir et la colère !!! C’est une mutinerie qui gronde à bord, il faut dire que le vent est de plus en plus fort et le maigre soleil ne réussit pas à nous réchauffer : on grelotte. Je rappelle pour expliquer qu’on se sent désespérés. On nous propose de descendre du radeau et de tenter d’aller faire un feu sur l’îlet de sable face à nous, de débarquer des caisses (en canoé !!), et de réessayer une fois le courage revenu.

La mutinerie se contient un peu, Pierre va prendre des repères sur l’îlet et revient en nous disant qu’il n’y a aucun moyen de s’y abriter du vent, ni d’attacher le radeau.

On fulmine contre un groupe d’Allemands qui passe à côté de nous sans aucune proposition d’aide… en même temps je ne sais pas comment ils auraient pu venir nous prêter main forte sans s’ensabler eux-mêmes…

On grignote, on râle, on se sent abandonnés puis on décide de retenter la manoeuvre, et cette fois, miracle, ça fonctionne !!! On hurle à nouveau comme des forcenés, j’appelle victorieuse le numéro d’urgence pour expliquer qu’on s’en est sortis, on nous répond qu’on peut être sacrément fiers de nous !!! Fiers oui !!! Et seuls aussi !!!



Le moral oscille ainsi en dents de scie, passés du profond désespoir à la sensation revivifiante de la gagne !!!


Nous sommes tout de même restés près de deux heures sur ce banc de sable, il nous faut avancer!


Et voilà que les embuches s’enchainent les unes derrière les autres : on se coince à plusieurs reprises sur des rochers, le vent est si fort que la rivière n’est plus lisible, totalement ridée.

On doit retourner à l’eau, pousser à nouveau.

Une fois même, Sophie est tellement profondément endormie en sieste qu’elle n’ouvre pas l’oeil sur un énième accident : « Non mais on fonce dans l’iceberg et moi je pionce, quelle honte!!! »


Puis ce sont les rivages plein d’arbres penchés vers lesquels le radeau fonce inexorablement : on ne peut qu’en rire, Basile en moussaillon hurle à chaque fois « IMPACT » dans les secondes précédentes, tout le monde est plié de rire en même temps d’être terrifié de voir la tente s’affaisser à chaque nouvelle confrontation. On tient les rondins, on lutte contre cette force incroyable du radeau contre la végétation des rives.

Basile et Pierre tentent de lutter eux aussi avec les énormes pieux de direction (mais quel poids impossible à soulever !), et ce qui devait arriver arrive : Pierre se fait éjecter par la force du levier, le voilà à nouveau trempé !!! Cette fois tout le monde explose de rire, on rejoue la scène 2 de la veille !! Mais voilà que le radeau avance et que notre PIerre ne parvient pas à remonter sur l’embarcation qui poursuit son inexorable lancée !!

On s’y met à plusieurs pour le remonter à bord, en réalisant que personne n’a eu la présence d’esprit de lui passer la bouée de sauvetage : les boulets !!

On comprend finalement que c’est le poids de sa polaire gorgée d’eau qui, telle une ceinture de plomb, l’empêchait de se lever. On soupèse le vêtement et on réalise qu’on peut ainsi facilement se noyer…



On n’en finit pas d’essayer de faire sécher nos vêtements !!!

La journée s’étire, le vent commence à diminuer, on stresse de ne pas réussir à accoster sur les rives du camping qui doit nous accueillir pour la dernière nuit.

J’ai appelé de nouveau l’assistance pour prévenir que le radeau a désormais piteuse allure : les plateformes se dissocient progressivement, la tente a subi un tsunami, on va avoir besoin d’aide pour des réparations !


Quelques centaines de mètres avant l’arrivée, voilà qu’on se bloque à nouveau sur des rochers : mais quelle plaie !!! On est maudits… ou juste mauvais !!!

Il faut à nouveau tous se mettre à l’eau, le radeau cède rapidement mais le courant est très fort et voilà que Jeanne ne parvient pas à remonter à temps !!! Une femme à la mer !! Elle a l’idée d’immédiatement enlever sa polaire et la tient au-dessus de la tête, l’eau jusqu’à la taille. Basile fonce dans le canoé et à la force des bras pagaie comme un damné pour aller la récupérer. Monter dans le canoé n’est pas facile, on l’encourage, on hurle de joie, on est totalement exaltés avec toutes ces émotions!!!



On arrive particulièrement épuisés sur les rives du camping, où deux moniteurs nous attendent, mais on a du mal à lutter contre le courant pour parvenir du bon côté. Pierre et Basile nous tractent avec le canoé, on pagaie tous ensemble, mais on a la sensation qu’on ne va pas y arriver. Les moniteurs nous hurlent de venir vers eux, Pierre dans son anglais de vache espagnole hurle en s’énervant « We need help !! We are épuisés !!! »… on n’en peut plus de rire et de nous énerver en même temps.


Ça y est, on est sauvés, les cordes sont à terre : il faut maintenant débarquer tout le matériel et pousser le radeau vers une zone plus profonde pour pouvoir gérer les réparations.

Il est décidé de ne pas remonter la tente car la météo annoncée pour le dernier jour est très ensoleillée, et on nous reconsolide les cordages entre les plateformes.

Nous sommes dans le Kläralven Camping qui appartient à l’organisme des radeaux, on peut donc y planter nos tentes gratuitement, seules les 3 minutes de douche chaude sont payantes, mais quel bonheur !!

On étale tout le naufrage sur la pelouse pour essayer de faire avancer les séchages, et on s’offre une soirée au coin du feu pour fêter cette arrivée peu glorieuse mais en entier!!!

Guitare, Djobi-Djoba, bientôt nait une parodie de la chanson pour raconter nos mésaventures…

Des moucherons envahissent l’’espace en fin de soirée et nous poussent à aller nous coucher, on a décidé de partir très tôt demain pour arriver le plus tôt possible à l’arrivée finale, car on est épuisés, il nous faut faire le démontage du radeau suivi des quatre heures de route pour Stockholm avec un match France-Maroc immanquable pour les garçons…



Au quatrième jour, nous voici donc levés à 6 heures : il faut charger de nouveau toutes les caisses sur le radeau (mais qu’elles sont lourdes ces caisses !), et l’ancre est levée pour 7h30 ! 

C’est une superbe journée qui s’offre à nous : rivière parfaitement lisse, pas de vent, beau soleil, enfin des conditions idéales !

Une fois l’esquif bien lancé, on prend le petit déjeuner, déjà bien mérité. 

La plupart de l’équipage se laisse aller à la sieste, il faut dire que les jours précédents et le lever aux aurores a mis tout le monde KO. Vu d’en haut, on ressemble désormais totalement aux naufragés du Radeau de la Méduse !!!



Bon bien sûr, la matinée est ponctuée de quelques échouages sur des rochers, malgré notre vigilance et nos coups de pagaie acharnés pour les éviter. Les « IMPACT » de Basile continuent de nous faire rire aux éclats, mais on commence à être rodés et avec Pierre ils gèrent bien les manoeuvres pour nous décoincer.

Basile se retrouve tout de même éjecté une fois à cause du poids du pieu de direction : chacun son tour !! Mais cette fois, dépourvus de notre grande tente, plus de soucis avec la végétation des rivages !

On croise des canards, des vaches, mais pas d’élan ou de castor comme ça pourrait être possible le long de cette superbe Kläralven, c’est dommage mais nous étions tellement concentrés dans notre survie que ce détail nous semble désormais accessoire !

Une famille campe sur la rive et nous interpelle depuis le bord pour vérifier que nous allons bien : s’engage alors une conversation très sympa où je leur raconte brièvement en criant depuis le milieu de la rivière toutes nos mésaventures, ils sont morts de rire! 


 

Nous approchons de la rive finale un peu avant midi, et il faut unir nos forces pour pagayer afin de rester sur la rive gauche, sans quoi on ne pourra jamais débarquer !!! Je peux vous dire que la troupe est motivée, et nous voilà enfin arrivés ! Victoire !!!

On l’a fait!!!



A notre grand étonnement, il n’y pas de moniteurs pour nous accueillir, il est probable que nous arrivons trop tôt.

J’appelle l’assistance et on nous explique par téléphone comment procéder pour démonter le radeau, ranger les cordes et tout le matériel : la pelouse devient de nouveau notre sèche-linge géant, il nous faudra presque trois heures avant de pouvoir fermer les coffres des voitures.



Pour la première fois depuis notre arrivée en Suède, on a chaud, et c’est bon !!!


Mais les insectes s’invitent à nouveau : taons, moustiques, sandflies, et même un serpent ! Comment aurait-on pu imaginer un pays si sauvage ???


Le bilan physique est bénin mais bien entamé : je cumule une vingtaine d’hématomes et d’écorchures sur les cuisses et les genoux, une dizaine d’échardes plantées dans les mains qui me font un mal de chien pour ranger les cordes, et les piqûres des sandflies commencent à sérieusement nous démanger !


On décide donc pour clore cet épisode héroïque d’emmener tout le monde manger un bon burger dans le petit café routier du village d’à côté ! Un régal ce retour à la civilisation !


On repasse par le camping de la Kläralven pour débriefer avec Sana, notre instructrice de la construction, qui nous confirme que cette aventure est vécue comme particulièrement difficile par la plupart des participants, ce qui en fait une expérience inoubliable, et que tous les obstacles que nous avons rencontrés sont communs : ouf, on n’est pas des gros nuls !!!


On ne résiste pas à acheter le t-shirt qui dit que oui, on a bien fait le trip en radeau de la Kläralven, on comprend mieux le message !!!



Petit passage par l’église de Stollnet, repérée sur le parcours, tout en bois brun superbe, puis nous prenons la route pour rentrer sur Stockholm en traversant le Varmland : c’est sublime dans cette lumière de la fin d’après-midi, les étendues d’eau partout autour de nous, les résineux, les petites îles sauvages, les pontons, les enfants tout nus qui sautent depuis les échelles avec leurs brassards. Voilà la Suède qui s’offre à nous désormais. 

Epuisés, mais la tête si pleine de souvenirs totalement dingues, un travail d’équipe incroyable, une solidarité tellement précieuse de deux générations sur 9 mètres carré de bois, des fous-rires en pagaille derrière des galères inimaginables : oui, c’est une aventure IN-OU-BLI-ABLE.


Voilà désormais une nouvelle Suède qui s’offre à nous : un nouveau voyage peut commencer !



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