Trois nuits en Aubrac : de vent et de solitude
- 8 mars
- 4 min de lecture




Cinq ans après notre passage estival en camping-car, je rêvais de revenir fouler les tourbes de l’Aubrac.
Je rêvais de nous confronter à la rudesse de ces plateaux en hiver, de nous lover dans un buron de charme, d’affronter le vent, le gris, les herbes, et de capturer ces paysages qui transportent si loin..
« On dirait l’Ecosse!!! » nous dit notre fan de Harry Potter, qui a l’oeil avisé. Oui, on dirait les Highlands, ou comment nous offrir un exotisme sauvage à trois heures de la maison.
Le Buron du Cap Combattut sera notre cocon pour trois nuits.
Il porte bien son nom, battu par les vents sur sa colline dominant le lac de St Andéol, on se croirait sur un phare au milieu des flots…
L’environnement est dur en cette saison, la neige recouvrait tout il y a une quinzaine de jours, l’herbe épaisse et jaunie par la fin de l’hiver ploie sous les bourrasques, le ciel est lourd, mais les oiseaux emplissent l’air de leur étonnante présence, comme pour appeler un printemps toujours plus tardif sur ces altitudes de solitude…
Perché à 1200 mètres, le Buron du Cap Combattut détient un secret : une fois passé la lourde porte, on découvre un havre de bonheur, un intérieur chaleureux, soigneusement décoré par Maïté, sa pétillante propriétaire. Eleveuse des stars du coin, les vaches Aubrac, elle est toute l’année au four et au moulin, et aux manettes de cet établissement bien connu du secteur, qui fait restaurant et chambres d’hôtes en saison, alors que pour notre plus grand bonheur, il est louable en autonomie en hiver. La salle de restaurant est alors métamorphosée en douce pièce à vivre, réchauffée par une cheminée bienvenue, deux chauffeuses confortables pour s’y lover, des tables de ci-de là, des petites lumières partout pour adoucir les lourds murs de pierre grise, et deux grosses cloches à vache pour sonner le repas!
Les chambres sont superbes, la literie tellement confortable, on fait ici l’éloge du cocooning dans des draps en lin lavé, recroquevillés sous une lourde couette enveloppante, alors que le vent hurle sur les tuiles.
Une fois installés, nous voilà partis pour sillonner en voiture les quelques kilomètres environnants dans cette fin d’après-midi au ciel blanc. L’Aubrac se révèle à nous dans toute sa splendeur, brute, isolée, perdue, comme dans un autre monde…
A l’horizon on devine des collines encore toutes enneigées, que ça doit être splendide quand tout est recouvert de blanc, d’ailleurs le buron se gagne alors par une randonnée de quatre kilomètres en raquettes, la route qui y mène n’étant pas déneigée dans ces conditions exceptionnelles.
La soirée s’écoule entre feu de cheminée, jeux de société et chocolat chaud maison, alors que l’obscurité a envahi les plaines.
Mais voilà que le vent forcit encore, sous les toits le bruit est impressionnant, oui vraiment on se croirait au milieu de l’océan!
Alors que nous nous apprêtons à nous mettre au lit, le vent est tellement fort que la fumée envahit la pièce, impossible à évacuer : les bourrasques pénètrent violemment dans le buron sans que l’on puisse diriger les fumées vers la sortie, et voilà que l’alarme à incendie se déclenche !!! « Quittez le navire !!! », nous vivons là une ambiance de bout du monde, qui fait bien rire les enfants alors qu’on cherche desespérement à faire cesser le boucan. Maîté finit par nous rassurer par message -le réseau est très capricieux ici!-, l’alarme s’éteindra d’elle-même dans cinq minutes. Nous nous endormons dans une forte odeur de feu de bois, la tête déjà pleine des surprises que réserve la nature déchainée!
La nuit est délicieuse, et on se réveille tranquillement vers neuf heures pour profiter d’un petit déjeuner contre les pierres du buron: au menu, thé, chocolat, et fouace de l’Aveyron!
C’est parti pour une belle matinée de randonnée dans les collines de l’Aubrac, au départ du village de Nasbinals, situé à dix minutes du Cap Combattut.
On laisse Basile, blessé à la cheville, au buron du Ché, le seul buron ouvert en ce début mars, que nous rejoindrons à pieds au cours de la rando pour notre pause déjeuner.
C’est une jolie boucle de 13 kilomètres au total qui s’offre à nous: par chance le vent est moins fort que dans la nuit, et nous avons mêmes quelques timides rayons de soleil au milieu de ce ciel gris d’aquarelle, les lumières sont alors superbes. On passe par la cascade de Déroc, qui plonge dans l’étendue à nos pieds, ici c’est un peu d’Islande qui se dessine!
Au bout de deux bonnes heures de marche, le Buron du Ché s’annonce à l’horizon, et nous avons la surprise de découvrir un intérieur sophistiqué avec une grande baie vitrée donnant sur les collines de l’Aubrac, tout en plafond de bois, aux tables joliment dressées. Basile nous attend, il a travaillé ses cours, et nous voilà réunis pour une régalade à l’aligot qui ravit tout le monde!
Les plats sont travaillés, le service très attentionné, c’est vraiment une jolie surprise, sans parler des desserts gourmands…
C'est aussi le seul endroit où l'on croisera d'autres personnes ! L'Aubrac en hiver, c'est la garantie de la tranquillité absolue!
Nous voilà repartis pour la dernière heure de marche, Basile cette fois est de la partie, mais le ciel s’assombrit encore, quelques rares gouttes de pluie viennent nous narguer alors qu’on gagne la voiture pour rentrer.
Magnifique balade dans le vent de l’Aubrac.
Pour finir la journée, on laisse les deux plus jeunes au buron, et on emmène Basile aux thermes de la Chaldette, à une trentaine de minutes, pour un moment de détente dans les bains face aux sapins de la Lozère. On a décidé de lui offrir un massage relaxant, histoire de lui faire redémarrer son semestre sur de bonnes bases!
L’établissement est perdu au milieu d’une prairie dans un tout petit village, c’est charmant.
Pas grand monde à l’intérieur, c’est très zen, paisible, silencieux, on peut demander de la tisane à volonté, c’est un moment très agréable…
On retrouve avec plaisir la chaleur de notre buron sur la colline, voilà une journée parfaite dans l’hiver de l’Aubrac, demain nous explorerons d’autres contrées !











































































































































































































































Commentaires