Retour à Tokyo : s'immerger en douceur dans Yanaka
- chamcamille
- 14 nov. 2025
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 15 nov. 2025



Deux ans après notre fracassant passage, me revoilà au Japon.
Avec Sophie, ma cousine adorée.
Dix ans d’écart, la même complicité depuis notre enfance, quand je la portais dans les bras du haut de mon CM2.
Ce petit saut de génération a créé une forte complicité : je suis devenue sa Marraine de coeur, elle est devenue la Marraine de Zoé.
On partage le même enthousiasme, la même « niack » pour plein de sujets, l’obstination, les discussions sans fin.
Alors c’est très naturellement qu’on a décidé de « un jour, faire un voyage à deux ». Et quand elle m’a dit qu’elle avait très envie de découvrir le Japon - comme une grande bouffée d’air pur dans sa vie de maman très occupée par trois enfants en bas âge - j’ai sauté sur l’occasion : et si j’allais le terminer vraiment, ce voyage renversant ??
Pour tous ceux qui n’ont pas suivi, il faut absolument aller lire les chapitres « Izu, bonheur volé », « Immersion dans un petit commissariat de campagne » et « Takayama la douce » pour toucher du doigt la mésaventure inédite qui a métamorphosé notre expérience dans ce pays qui interpelle.
Et si l’incroyable empathie des individus nous avait permis de contrer férocement cette rigidité cruelle des institutions, je ressentais très fort depuis notre départ le besoin de terminer le voyage.
Revenir sur la péninsule de Izu. En profiter pour faire découvrir à Sophie les amplitudes détonnantes d’ambiance sur Tokyo, et tant qu’à y être, explorer un nouveau petit secteur, ce sera Nikko.
Onze jours sur place, sans mari et sans enfants. Laisser derrière nous la culpabilité de ce choix un peu égoïste pour vivre pleinement cette aventure entre cousines.
J’ai donc choisi de poser les sacs à Yanaka pour éveiller Sophie à Tokyo.
Yanaka, c’était aussi le premier quartier visité lors de notre arrivée il y a deux ans, et j’avais adoré son absolue tranquillité, son indéniable charme « vintage », son esprit « hors du temps », cette sensation d’être dans une bulle à part au sein de ce Tokyo si grouillant.
J’avais repéré de longue date, avant notre premier voyage, une adresse où je m’étais promis de me poser si nous revenions un jour à Tokyo: un peu onéreux à cinq en famille, totalement abordable quand on voyage à deux et que chacune paie sa part!
« Hanare » fut notre petit paradis pour trois nuits et trois jours dans la capitale.
Un café vintage, « Hagiso », où se trouve la réception.
Des vieux bâtiments de bois, une odeur de café, une petite musique jazz à peine perceptible.
Nana nous accueille de ses yeux rieurs et nous initie à la simplicité et la délicatesse de l’établissement;
Elle nous explique tout pour nous aider à nous installer, nous repérer dans le quartier, nous présenter les sento (bains publics), et nous demande si c’est notre première fois au Japon. Je me laisse emporter par la chaleur du moment et voilà que je me mets à tout lui raconter, le pourquoi du retour, le comment de l’inexplicable, et je retrouve instantanément cette gêne que chaque Japonais a ressenti à chaque fois que j’ai confié notre histoire : les mains devant la bouche, elle ne peut pas croire ce qui est arrivé, mais comprend parfaitement la détresse face à la rigidité du système. Les larmes au bord des yeux, elle nous confie que le Japon est régi de très nombreuses règles très strictes, et ose même lâcher qu’elles le sont souvent beaucoup trop pour les Japonais eux-mêmes, qui je pense subissent en silence cette forme de maltraitance…
Cette maltraitance que nous avons pris en pleine face, mais que de nombreux Japonais ont apaisée par leurs gestes si admirables : la petite mamie du onsen, Shin, Tomoa et ses parents à Takayama, le moine du temple où nous avons dormi, Claude et Koichi de l’association d’entraide des Français au Japon, cette jeune femme en kimono dans le train pour Kyoto.
Je ne les oublie pas.
Nana veut que notre voyage soit merveilleux, elle nous emmène dans le bâtiment des chambres situé à une centaine de mètres dans une autre rue du quartier.
Murs peints en noir, construction fragile des années 50, murs épais comme du papier de riz, parquet qui craque, salle de douche partagée, tout ici est sobriété et poésie.
Les petites attentions dans la table à tiroirs superposés sont craquantes, elle nous explique le sac en toile pour aller fréquenter les sento, le système d’aimants pour réserver son créneau de douche, les choix de petit déjeuner (le plateau traditionnel explore les saveurs de l'île d'Amami : une merveille de finesse !)
Je retrouve avec bonheur des sensations typiquement japonaises : la lourde couette sur le futon, si enveloppante ! La cuvette chauffante des toilettes qui nous fait s’échapper à chaque posé de fesses un soupir d’aise incontrôlable! Les portes-fenêtres coulissantes, les sols en tatamis où il faut se déchausser, les chaussons à disposition partout, le silence si reposant.
Le soleil se couche tôt en ce mois de novembre, et notre déambulation dans Yanaka en cette fin d’après-midi prend des airs de balade nocturne confidentielle.
Quel bonheur de marcher dans ses ruelles où chaque pas de porte recèle son lot de « mignonneries »: un vélo, une chaise, un pot de fleurs, une cagette, des petites lampes, un lampadaire de quartier, et ces fils électriques partout.
Yanaka a résisté au terrible séisme de 1923 et aux bombardements de la Seconde Guerre Mondiale, et semble ainsi figée dans le temps. Bouquinistes, brocanteurs, coffee shop, enfants qui partent à l’école, grands-parents au coin des rues, actifs en vélo, c’est un quartier à hauteur d’homme où l’on se sent immédiatement bien. « Le vieux Tokyo », c’est ça que j’aime!
C’est un endroit qui dégage une paix inédite à deux pas de la station animée de Nippori.
Nous y avons mangé le premier soir un Udon au curry mémorable, et avons testé le sento le plus proche de l’hôtel.
Quel plaisir ici aussi de retrouver mes premiers émois de voyageuse au Japon, dans l’intimité des Japonaises. Ce vestiaire, ces corps nus, cette crudité qui n’est que simplicité, ces bassines, ces petits tabourets, ces bains, cette vapeur, les joues qui chauffent, les corps qui brûlent.
Et toujours ces femmes discrètes mais joviales dès qu’on s’adresse à elles par le regard!
Sophie est conquise à son tour!
Nous y avons gouté à une expérience particulière : l’un des trois bains, dans une couleur un peu rouille, est infusé aux épices et aux herbes aromatiques. Surprenant mais quel plaisir olfactif, et quel fou-rire aussi d’avoir l’impression de tremper dans un Bouillon Knorr!!!
La fatigue du décalage horaire nous envahit aussitôt, se glisser sous la couette, et rêver de Yanaka et des moments de soleil ou de temps gris que nous y passerons les jours suivants…















































































































































































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