Finnhamn : au sauna avec les Suédois !
- 23 juil.
- 8 min de lecture




Notre dernière étape dans l’archipel de Stockholm se situe tout au nord.
Finnhamn est une île relativement aménagée, et héberge ce qui semble être la plus charmante auberge de jeunesse de l’île, en plus d’un sauna traditionnel accessible dans le parc national avec vue panoramique sur la Baltique… voilà qui me semblait parfait pour nos dernières quarante huit heures scandinaves.
Après vingt-quatre heures d’escale sur le port de Dalarö, un peu humides compte-tenu de la météo, mais où nous y avons trouvé une boulangerie (bageri) au pain brun extra et une poissonnerie à tomber avec des saumons cuits de toutes sortes, -auxquels nous n’avons pas pu résister-, nous voilà embarqués sur la ligne 40 pour Sandhamn puis Finnhamn.
Il n’y a pas foule dans ce bateau (nous sommes seuls sur le premier tronçon !), et je commence à bien comprendre le fonctionnement des connexions.
Sandhamn nous offre son port tout à fait croquignolet pour patienter sur l’heure d’escale, mais le vent et la pluie nous contraignent à nous réfugier dans un café aux tarifs hors de prix… Il semble que nous soyons ici sur une île un peu chic, très touristique, en tous cas c’est comme ça que l'île se perçoit aux premiers abords en déambulant sur le quai.
L’arrivée à Finnhamn nous permet de retrouver du sauvage : nous arrivons par le dernier bateau, et la journée maussade a permis que nous soyons peu à arriver sur place.
Un service de transport de bagages est inclus, et nous faisons à pieds les sept minutes qui nous séparent de l’auberge par un chemin qui monte et qui descend parmi les fleurs et les hautes herbes.
Elle nous apparait dans toute son élégance, bâtisse en bois jaune, tout imposante sur son promontoire.
On enlève les chaussures, on prend possession de notre chambre, aux lits superposés comme à chaque fois. La salle à manger commune est très agréable, la cuisine bien équipée.
On part explorer les environs : l’île semble conçue pour accueillir les vacanciers, avec ses espaces de campements disséminés dans l’île, ses stuga toutes simples sous les sapins (j’avais lu que l’intérieur était très vieillot et sentait l’humidité et qu’il valait mieux demander une chambre dans le bâtiment principal), sa grange champêtre qui sert de salle de cinéma, le sauna au bord de l’eau, un restaurant qui domine la jetée et une petite épicerie bien achalandée où l’on dégustera les meilleures boules au chocolat faites maison de tout notre séjour…
Comme partout dans l’archipel, l’île est aussi pensée pour accueillir les plaisanciers, dans chaque crique cachée on trouve un ponton, une table et ses bancs de bois, et quelques bateaux amarrés qui se laissent gentiment balloter au clapotis des vagues.
Une jolie tour d’observation en bois, au style très Viking, cachée dans la végétation, permet d’avoir un superbe point de vue sur la baie alentour.
On se fait un repas de fête avec notre saumon, on est tout seuls dans la salle à manger, mais où sont donc passés les vacanciers ??
La soirée se poursuit entre la grange de cinéma où est retransmis la finale de la Coupe du Monde, et un sublime coucher de soleil qui enflamme de rose fluo l’horizon face à nous : totalement hypnotisant, je n’arrive pas à décrocher les yeux du spectacle, au grand damne de Zoé qui voudrait rentrer se réchauffer !
Le petit déjeuner est compris dans la nuitée, et on se régale d’oeufs à la coque, de bon pain moelleux, de céréales au yaourt, de craquottes suédoises au blé noir, de sandwichs au concombre et au fromage.
Direction le sauna pour 11 heures, une réservation que j’avais fait de longue date !
Le temps est gris, le vent est froid, c’est parfait pour aller transpirer une heure dans la moiteur du bois suédois!
Il semble que le matin ne soit pas l’heure des Scandinaves pour le sauna (le bastu), on est touts seuls !
On ne parvient pas à convaincre les enfants d’aller se jeter dans la Baltique, mais avec Pierre on trouve l’expérience tellement grisante (et finalement assez facile quand le corps est chaud comme ça!) qu’on fait au total trois allers-retours entre le sauna et la mer, c’est totalement euphorisant !
Je n’en reviens pas de voir Pierre se laisser aller ainsi avec tant de facilité dans l’eau saisissante, lui qui d’habitude rechigne tant à se mettre à l’eau dès qu’elle passe sous les 27 degrés !
Une famille française arrive alors pour prendre sa douche (froide!) : nous n’avons croisé que très peu de touristes étrangers depuis le début du séjoour, en dehors de Stockholm. Cette famille, fan de la Suède, en est à son huitième voyage dans le pays! Ils s’attaquent cette fois au « Stockholm Archipelago Trail », une rando de 270 km qui traverse différentes îles du Nord au Sud. Encore une idée …
Mais l’anecdote vient au moment où nous échangeons nos numéros pour nous donner des bons plans (ils ne connaissent pas l’archipel de Huvudskar ni l’île de Nämdö) : « Tison, c’est un nom du Nord ça ! », le monsieur est né à St Quentin, dans l’Aisne, comme Pierre ! Et connait bien les villages où nous avons grandi ! Comme le monde est petit, on trouve toujours un Picard quelque part !
L’après-midi est consacré à la découverte des sentiers de randonnée de l’île, plutôt bien balisés malgré un environnement rapidement sauvage où l’on aurait vite fait de se perdre !
Les mousses recouvrent partout la roche ronde, dans un vert amande étonnant, le sentier est assez ludique car il serpente en descente et en montée sur des rochers géants, entre plongées dans la forêt et remontées pour de superbes vues sur la mer et sur les criques qui dessinent l’île.
Mon objectif est de trouver un abri avec un barbecue, repéré sur Google Map, pour faire griller des chamallows pour le goûter .
Quel plaisir de finir par le dénicher, sur son promontoire face à la mer, dans une solitude si jouissive!
On allume le feu, on se sert le Thermos de thé préparé pour l’occasion, et voilà que les chamallows fondent dans la bouche (le petit morceau de chocolat noir planté au milieu est un délice…).
Le soleil commence à faire timidement son apparition, il fait scintiller l’eau, on est bien…
On poursuit la balade pour gagner la plage principale de l’île où une cabane propose des glaces et des gourmandises en tout genres, on s’y fait réchauffer par le soleil qui ne se cache plus désormais, que c’est bon de le voir revenu !
On aura marché plus de 10 kilomètres, il ne manque plus qu’une deuxième séance de sauna pour savourer pleinement l’effort fourni !
Cette fois on laisse les enfants à l’auberge. A 20h, nous sommes environ huit personnes au sauna et c’est une toute autre ambiance qui s’offre à nous ici : chacun papote, amène sa bière, c’est très convivial, je ne m’imaginais pas ça du tout !
On commence par sympathiser avec un Suédois d’une soixante d’années à l’allure soixante-huitarde, cheveux longs (blonds évidemment!), peau bronzée, chaines pendantes sur la poitrine, serviette autour de la taille, dans son plus simple élément.
La conversation s’engage sur le spectacle incroyable qui s’offre à nous : la vue depuis la grande fenêtre horizontale qui laisse passer la lumière blonde du soleil couchant. « Bien mieux que la télé! » nous dit-il.
On parle alors un peu du match de foot de la veille, puis de la France (il a vécu l’ambiance d’une victoire du PSG sur les Champs Elysées au printemps et a trouvé ça absolument dingue !)
Puis il nous demande nos impressions sur son pays, nos étapes, et nous voilà partis sur la vie quotidienne en Suède vis ) vis de cette lumière qui passe de l’obscurité totale à la clarté permanente sur une année entière…
Nous lui demandons comment est vécu l’hiver : il nous explique que la période la plus difficile correspond au milieu de l’automne, jusque mi-décembre, car l’obscurité est vraiment pesante pour le moral, c’est la période qu’il choisit toujours pour voyager. Ensuite la neige arrive et la blancheur qui recouvre l’espace amène une nouvelle lumière qui permet de supporter plus facilement la pénombre permanente.
Selon lui, fin février début mars est la meilleure période pour voyager en hiver en Scandinavie car le permafrost - cette couche de gel qui se forme au moment où les températures sont les plus dures - assure une neige qui tient encore de longues semaines, alors que les températures et la lumière remontent. Janvier est encore très froid.
Je lui demande alors si il a une région à nous conseiller pour découvrir la Suède en hiver, et sans hésitation il me dit qu’il faut aller dans le Danarla, cette région située au coeur de la Suède, au-dessus du Varmland où nous étions en radeau.
C’est la région qui concentre la plus grosse quantité de neige, bien plus importante que les régions de la Laponie plus au nord !
Elle se trouve à la croisée des vents de l’Atlantique qui se sont chargés en eau au-dessus des massifs norvégiens, et des vents de Sibérie arrivés de l’Est, l’endroit idéal selon lui pour jouir de la neige, mais aussi pour vivre pleinement la culture suédoises autochtone car les peuples Sami sont originaires de cet endroit. Il semblerait que ce soit un lieu majeur au plan culturel et spirituel pour les Suédois… voilà encore un voyage sur ma liste !!!
Il nous raconte alors que le sauna en plein hiver face aux lacs gelés est un bonheur : on creuse un trou dans la glace et l’eau n’est « qu’à 8 degrés », « pas si froide que ça » car protégée par la couche de glace…
Je demande alors comment les corps vivent la nouvelle énergie lumineuse de l’été : en ce qui le concerne, il suit le soleil et les quatre heures de pénombre offerts en juillet suffisent à son repos. Il se couche vers minuit quand la lumière baisse vraiment et se lève à quatre heures, en commençant la journée par un bain dans la mer, son quotidien… Le sauna a lieu tous les jours, en fin de journée, et chaque séance amène son lot de papotages…
Passionnant. J’adore. C’est encore lui le lendemain qui nous montrera comment actionner le sémaphore pour nous assurer que le ferry va s’arrêter pour nous récupérer, des rencontres furtives mais inoubliables !
Cette dernière session de sauna est un rêve dans le soleil descendant de 21 heures, la lumière est magnifique, les rayons s’infiltrent entre les branches des pins, rebondissent sur les vaguelettes poussées par un vent fort et viennent frapper la vitre qui nous offre le spectacle. Goûter à cette sensation, c’est risquer de vouloir y revenir !
Coucher de soleil vers 21h30, le ciel change alors de minute en minute, et chaque soir offre un spectacle différent. Je ne peux pas quitter cette rive, ces pontons, ces barques, ces roseaux, ces cabanes de bois rouges… et ce silence omniprésent dans cette nuit qui n’en est jamais vraiment une. On capture nos dernières images de soirées suédoises, demain à cette heure-ci nous serons dans le voyage du retour.
Ce soir c’est le ciel d’Est qui rosit, on dirait par endroit des aurores boréales !
Il est plus de 22 heures quand nous passons à table, à cette heure évidemment nous sommes à nouveau seuls dans la salle à manger pour profiter de la luminosité et de ces moments en famille… Je sais qu’au retour chacun voudra vaquer à ses occupations : Zoé part en colo « pour apprendre à vivre dans la nature » dans quelques jours, Félix va retrouver son chat, Basile ses sorties et ses copains, et bientôt retourner dans sa ville étudiante pour reprendre l’entrainement sportif, bien avant la rentrée universitaire.
Heureusement la deuxième partie du mois d’aout nous offre un vélo-trip le long de l’Atlantique, pour prolonger encore ces moments de soleil, d’effort, de vent, de glaces… Douze jours sur la petite Reine pour renouer avec ces voyages spéciaux qu’on aime tant, même si les enfants font pour l’instant la soupe à la grimace à l’idée de pédaler autant!
En attendant, le ciel bleu est revenu pour notre dernière matinée, je profite d’une petite heure d’aquarelle face à un panorama magnifique, et sous les claquements au vent du drapeau suédois.
Vers midi et demi le bateau vient nous chercher, et nous passons deux heures à voir défiler l’archipel et ses beautés, en effectuant des sauts de puce d’île en île au gré des sémaphores relevés.
Ça y est, on quitte cette région si dépaysante et sa lumière d’été revigorante.
La Suède nous a fait suer, la Suède nous a fait grelotter, la Suède nous a époustouflés, c’était un voyage auquel je rêvais depuis longtemps et j’y ai trouvé toutes les couleurs que je cherchais.
































































































































































































































































































































































































































































Commentaires